Des scientifiques découvrent un rare cancer « semblable à un parasite » qui se propage parmi les poissons-chats du lac, infectant jusqu’à un tiers des poissons

Une forme rare de cancer contagieux a été confirmée chez la barbotte brune du lac Memphrémagog, où les scientifiques affirment que la maladie pourrait s’être propagée à jusqu’à un tiers des poissons de la population.

Cette découverte n’est que le quatrième exemple connu d’un cancer transmissible naturel chez les animaux, rejoignant les maladies documentées de manière similaire chez les diables de Tasmanie, les chiens et certaines espèces de palourdes.

Des chercheurs de l’Université du Vermont, du Vermont Fish and Wildlife et de l’US Geological Survey affirment que le cancer semble se comporter moins comme une tumeur conventionnelle que comme un parasite, les cellules cancéreuses génétiquement liées se déplaçant apparemment d’un poisson à l’autre.

Les résultats de l’étude pourraient aider les scientifiques à mieux comprendre l’une des formes les plus rares de biologie du cancer et comment les facteurs environnementaux peuvent contribuer à l’émergence de maladies inhabituelles.

Les tumeurs ont intrigué les scientifiques pendant plus d’une décennie

Les pêcheurs du lac Memphrémagog rapportent avoir capturé depuis des années des barbottes brunes, également connues localement sous le nom de tacaud cornu, présentant des lésions noires inhabituelles et des tumeurs en relief.

Ces excroissances, qui apparaissent sous forme de taches sombres et de masses grumeleuses sur la peau du poisson, ont d’abord incité les chercheurs à rechercher une explication environnementale. Les théories antérieures incluaient l’exposition au plomb et à d’autres polluants industriels présents dans les sédiments du lac, aux rayons ultraviolets et au ruissellement chimique suite à la tempête tropicale Irène.

Une enquête sur la population menée de 2014 à 2017 a révélé qu’entre un quart et un tiers des barbottes brunes du lac présentaient des excroissances visibles.

Les tests génétiques ont finalement fourni un indice surprenant.

Les chercheurs ont analysé les tissus des poissons affectés et comparé la constitution génétique des tumeurs avec les tissus environnants de leurs hôtes.

Normalement, un cancer se développe à partir des cellules d’une personne ou d’un animal, ce qui signifie que l’ADN de la tumeur reste étroitement lié au matériel génétique de l’hôte. Dans ce cas, cependant, les tumeurs de différents poissons étaient génétiquement plus similaires les unes aux autres qu’aux tissus sains des poissons individuels qui les portaient.

Ce schéma a conduit les scientifiques à identifier la maladie comme un cancer clonal, ce qui signifie que les tumeurs semblent provenir d’une lignée cellulaire ancestrale commune de cancer qui s’est propagée entre animaux.

Le phénomène est extrêmement rare. Des cancers transmissibles ont été documentés chez les diables de Tasmanie, où la tumeur faciale du diable se propage par morsure, ainsi que chez les chiens et certaines palourdes. La découverte du lac Memphrémagog est particulièrement remarquable car les cancers transmissibles n’ont jamais été formellement documentés chez les poissons.

Comment un cancer peut-il se propager comme un parasite ?

Les scientifiques ne savent toujours pas exactement comment le cancer se propage d’une barbotte à l’autre.

Une possibilité est que la transmission se produise lorsque les poissons se rassemblent en grands groupes pendant le frai, permettant ainsi un contact étroit entre les animaux infectés et les animaux sains. Les chercheurs n’excluent pas non plus la possibilité que des cellules cancéreuses puissent pénétrer dans l’eau et atteindre d’autres poissons.

L’origine du cancer reste également un mystère.

Julie Dragon, généticienne moléculaire à l’Université du Vermont et chercheuse impliquée dans les travaux, a suggéré que le cancer pourrait être apparu dans la population vers 2012. Il pourrait s’être développé par une mutation spontanée potentiellement influencée par une exposition environnementale, ou il pourrait avoir été introduit par un poisson porteur du cancer provenant d’un autre plan d’eau.

Les chercheurs affirment qu’il n’existe actuellement aucune preuve que le cancer affecte d’autres espèces de poissons du lac Memphrémagog.

Les scientifiques étudient si la pollution a joué un rôle

Étant donné que la barbotte brune passe une grande partie de son temps près du fond du lac, les scientifiques se sont déjà demandé si les contaminants présents dans les sédiments des zones historiquement industrielles auraient pu contribuer à l’apparition de tumeurs. Les chercheurs ont également examiné si le ruissellement lié aux tempêtes aurait pu introduire des produits chimiques capables de déclencher le cancer.

Cependant, les preuves génétiques indiquent que la pollution de l’environnement à elle seule ne peut pas expliquer l’épidémie actuelle. Les scientifiques veulent maintenant déterminer si un déclencheur environnemental a contribué à créer la lignée cellulaire cancéreuse originale avant qu’elle ne commence à se propager parmi les poissons.

Malgré la forte prévalence de tumeurs, le Vermont Fish and Wildlife n’a pas signalé de déclin dramatique de la population de barbottes du lac.

Les chercheurs prévoient étudier comment le cancer se transmet en plaçant la barbotte infectée du lac Memphrémagog avec des poissons sains dans des conditions contrôlées.

L’étude pourrait aider à déterminer si la maladie se propage par contact direct, pendant le frai ou par un autre mécanisme.

Pour l’instant, les autorités du Vermont recommandent d’éviter de manger des barbottes capturées dans le lac Memphrémagog si les poissons présentent des lésions cutanées visibles.

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L'équipe Pacte Climat

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