La géo-ingénierie est-elle une solution ?

Changer la courbe d’émission des gaz à effet de serre n’est pas chose facile puisque cela touche directement le mode de production selon lequel nos sociétés se sont développées. Malgré les alertes des climatologues, l’évolution de la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère reste sur la pire des trajectoires envisagées depuis 1990. Modifier qualitativement et quantitativement notre consommation d’énergie implique des transformations profondes de notre comportement qui vont prendre du temps. Il est donc tentant d’abandonner ce combat et de proposer des solutions alternatives, soit pour contrecarrer l’effet de serre, soit pour « pomper » le CO2 atmosphérique. C’est la source de ce qu’on appelle la géo-ingénierie. De manière simplifiée, ce concept consiste à intervenir sur les flux d’énergie ou de carbone.

Parmi les propositions formulées, arrêtons-nous sur deux d’entre elles. Celle initialement proposée par Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, s’inspirait de l’impact climatique de l’explosion volcanique du Pinatubo. Ce volcan a injecté des aérosols dans la stratosphère , réfléchi une partie du rayonnement solaire et diminué temporairement la température. Le réchauffement lié à un doublement du CO2 pouvant être compensé par une baisse du rayonnement solaire de l’ordre de 2 %, l’idée consistait donc à réduire le flux d’énergie solaire en maintenant, par des injections continues, une importante quantité d’aérosols sulfatés dans la stratosphère . Une telle intervention aurait un coût énergétique et économique important. Mais, surtout, elle nous entraînerait vers une spirale d’impacts en cascade sur la chimie, l’hydrologie, la couche d’ozone dans la stratosphère … que nous ne maîtrisons pas. Sans compter que cette solution ne s’attaque pas à la racine du problème auquel nous sommes confrontés.

Une autre proposition pour diminuer directement le taux de CO2 atmosphérique est de rendre plus efficace la pompe biosphérique marine. En effet, de vastes zones océaniques sont de véritables déserts, en particulier dans l’océan Austral, par manque de fer. En ensemençant ces zones avec du fer, on relancerait la pompe biologique et on transférerait du CO2 atmosphérique sous forme d’algues et de plancton qui se développeraient et emporteraient à leur mort ce CO2 qui sédimenterait aux fonds des océans. Mais, là encore, l’impact d’une telle intervention doit être analysé plus largement qu’à la seule lumière du pompage du CO2 atmosphérique. Les résultats des premières expérimentations se sont révélés si peu probants qu’ils ont conduit à un moratoire encore prolongé aujourd’hui.

Ce type d’approche qui privilégie un seul paramètre – l’énergie entrant dans le système climatique ou le transfert d’une partie du CO2 atmosphérique à la biomasse marine – n’est pas adapté quand il s’applique à un système climatique complexe et multifactoriel. Une illustration nous est fournie par la reforestation. Planter des arbres afin de fixer, pour un temps, du CO2, peut paraître une bonne idée, mais si l’on fait apparaître des forêts, on peut aussi diminuer l’albédo des surfaces ainsi couvertes et réfléchir moins de lumière solaire, ce qui conduit, in fine, à augmenter la température. À ce jour, aucune des idées avancées dans le cadre de la géo-ingénierie – même une reforestation massive de terres non agricoles – n’a montré sa capacité à contrecarrer le réchauffement sans par ailleurs déclencher des phénomènes négatifs souvent très mal compris. Il n’existe pas de solution miracle permettant d’éviter la nécessité de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Or, il y a de mauvaises solutions à de bonnes questions. Il est donc indispensable que la communauté scientifique soit associée à toutes décisions de géo-ingénierie et ait in fine un avis prépondérant sur ces questions.

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