Comment une rencontre historique entre le pape Léon et le roi Charles pourrait changer le récit sur le « soin de la création »

Un conseiller de longue date du roi Charles donne son point de vue sur l’intérêt des dirigeants se réunissant sur les préoccupations climatiques et environnementales avant la COP30, la prochaine conférence mondiale sur le climat.

La musique sereine des chœurs du château de Windsor, de la chapelle Sixtine et des enfants du chœur de la chapelle Saint-Jacques flottait jusqu’au célèbre plafond peint par Michel-Ange lors d’un rassemblement historique en octobre.

Elle faisait partie de la toute première prière publique réunissant le roi Charles III, gouverneur suprême de l’Église anglicane, et le pape Léon XIV, pontife suprême de l’Église catholique romaine, mettant fin à cinq siècles de séparation. Cet acte d’unité de la part de ces deux chefs religieux, qui sont également chefs d’État souverains, s’inscrivait dans leur préoccupation commune pour l’environnement, ou la création.

Le pape Léon a offert une prière : « Dieu notre Père, tu as créé les cieux et la terre et tu nous as créés à ton image. Apprends-nous à voir ta main dans toutes tes œuvres et ta ressemblance dans tous tes enfants. »

En 2015, sous la direction du pape François, prédécesseur immédiat du pape Léon, l’Église catholique a publié Laudato Si’, puis Laudate Deum, une paire d’encycliques qui détaillaient spirituellement le besoin urgent et la moralité de prendre soin de la création.

Lorsque le roi Charles était prince de Galles, il a écrit « Harmony : A New Way of Looking at Our World ». C’était aussi un document moral imprégné de spiritualité avec son appel détaillé à la durabilité, à l’action contre le changement climatique et à la protection de la nature.

Cette nouvelle unité des Églises catholique et anglicane rassemble plus d’un milliard de croyants sous la direction de deux dirigeants ayant une profonde compréhension de notre Terre en péril.

Tony Juniper, co-auteur de « Harmony » du roi Charles, est également un ancien directeur des Amis de la Terre Royaume-Uni et préside désormais Natural England, une agence gouvernementale de conservation. Cette interview a été éditée pour des raisons de longueur et de clarté.

STEVE CURWOOD : Récemment, le pape Léon et le roi Charles III ont prié ensemble dans la chapelle Sixtine. Quelle était l’importance de cette affaire ?

Tony Juniper est le président de Natural England, une agence gouvernementale de conservation. Crédit : Jason Bye

TONY JUNIPER : Il s’agit d’un moment extrêmement significatif et historique. C’est la première fois que nous avons une telle rencontre dans la prière du chef de l’Église anglicane et du chef de l’Église catholique depuis la création de l’Église anglicane lorsqu’Henri VIII s’est séparé de l’Église romaine en 1533. (C’était) une époque de bouleversements assez considérables à travers l’Europe dans ce qui est devenu connu sous le nom de Réforme, avec d’autres mouvements religieux se séparant de Rome.

CURWOOD : Selon le Vatican, lors de leur rencontre, le pape Léon et le roi Charles ont discuté de certains de leurs intérêts communs, notamment la réduction de la pauvreté et la protection de l’environnement. Quelle était l’importance de ces sujets pour cette réunion ?

JUNIPER : Cette focalisation sur les préoccupations écologiques et la protection de la création est une passion commune et véritablement une question d’identité spirituelle pour ces deux dirigeants. Cette déclaration d’effort commun sur ces questions en ce moment, en particulier, alors que nous nous éloignons dans certains endroits de l’ambition dont nous avons besoin pour faire face à cette double crise du déclin de la nature et du changement climatique… est en effet très significative.

CURWOOD : Vous conseillez le roi sur l’environnement et le climat depuis longtemps. Comment le roi a-t-il défendu la Terre au cours de ces années ?

JUNIPER : Il a été un défenseur constant, puissant et éloquent du monde naturel et de la place de l’homme au sein de celui-ci, et d’une relation plus harmonieuse. Il transmet ce message au monde depuis le début des années 1970, soit depuis plus de cinq décennies.

Il a porté à notre attention une variété de sujets, de la nécessité d’une agriculture durable à la nécessité de protéger les forêts tropicales humides, en passant par les défis posés par le changement climatique. Sur toutes ces questions et bien d’autres, il a été un ardent défenseur, mais par rapport à cette rencontre avec le chef suprême de l’Église catholique, vous voyez un rapprochement, non seulement des préoccupations qui sont parfois exprimées en termes scientifiques ou qui concernent la politique. Il s’agit d’une question profondément spirituelle pour le roi Charles, et bien sûr aussi pour le pape.

Tony Juniper s'est entretenu avec le roi Charles III en juillet 2023 dans une nouvelle réserve naturelle faisant partie d'un groupe de 25 réserves appelée « The King's Series ». Crédit : Avec l'aimable autorisation de Tony JuniperTony Juniper s'est entretenu avec le roi Charles III en juillet 2023 dans une nouvelle réserve naturelle faisant partie d'un groupe de 25 réserves appelée « The King's Series ». Crédit : Avec l'aimable autorisation de Tony Juniper

CURWOOD : Le pape François était connu pour ses encycliques Laudato Si’, puis Laudate Deum, prônant « Prenons soin de notre maison commune ». Nous avons vu le pape Léon assister à une conférence sur la justice climatique. Dans quelle mesure le pape Léon suit-il les traces du pape François ? Et dans quelle mesure serait-il prêt à aller encore plus loin ?

JUNIPER : Il suit de toute évidence la voie tracée avec tant de force par le pape François. S’il ira plus loin, je ne sais pas. Mais étant donné les circonstances et la mesure dans laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés à une urgence grandissante en matière de changement climatique, il se pourrait bien qu’il ait le sentiment qu’il doit en dire plus et en faire davantage pour dresser le tableau d’une situation vraiment urgente qui doit maintenant être prise beaucoup plus au sérieux que ce n’est le cas actuellement, certainement dans certains pays.

CURWOOD : Le roi Charles et le pape Léon sont des chefs religieux. Ce sont des chefs d’État, mais ce ne sont pas des hommes politiques. Quel est le pouvoir, quelle est la valeur de leur rassemblement sur ces préoccupations en tant que chefs religieux, au-delà de la sphère immédiate de l’action politique ?

JUNIPER : Je pense que le pouvoir de cela est absolument énorme. Et la raison pour laquelle je dis cela est parce qu’après plusieurs décennies de réflexion moi-même, je pense qu’il devient clair que notre échec jusqu’à présent à faire face au changement climatique et à faire face aux crises d’extinction et à la dégradation des écosystèmes n’est pas quelque chose que nous pouvons imputer à un manque d’information ou à un manque de sensibilisation.

Je pense que cela dépend de la mesure dans laquelle ces questions ont été considérées comme des questions scientifiques ou techniques, ou comme des questions traitées dans le cadre politique. Mais en fait, si l’on s’intéresse aux racines de nos difficultés actuelles à relever les défis qui se présentent, il s’agit bien davantage de notre vision du monde et de la mesure dans laquelle nous avons été progressivement déconnectés de la nature. Notre philosophie collective s’est séparée du fonctionnement de notre monde naturel.

Le caractère sacré de la nature était très présent dans les enseignements du christianisme primitif. Dans son livre « Harmonie », publié en 2010, le roi parle des autres religions – hindouisme, taoïsme, islam – et de la mesure dans laquelle toutes, dans leurs premières manifestations, avaient une relation très forte avec la nature sacrée de la création, qui était considérée comme l’œuvre de Dieu et donc quelque chose dont nous devrions prendre soin.

Pour ces dirigeants, réfléchir aux enseignements conjoints de l’Église anglicane et de l’Église catholique de manière à remettre la création et l’œuvre de Dieu sur le devant de la scène est un élément vraiment très important de la façon dont nous entamons ce voyage vers un avenir plus durable et plus harmonieux.

CURWOOD : Ici aux États-Unis, de nombreuses mesures ont été prises au niveau politique pour lutter contre le racisme. Mais c’est l’Église noire du Sud qui a véritablement dirigé le mouvement qui a changé les attitudes sociales ainsi que la loi. C’était une question que même une décision de la Cour suprême n’avait pas réussi à régler dans ce pays. Dans quelle mesure pensez-vous que le fait que deux de ces dirigeants les plus importants des grandes religions s’engagent ainsi sur la question de l’environnement et de la protection de la création, quelle chance cela a-t-il de réaliser le genre de percée que ces prédicateurs noirs puis blancs ont pu faire sur la question de la race aux États-Unis ?

JUNIPER : C’est un très bon parallèle pour établir la distinction entre la loi et la politique d’un côté et un mouvement social de l’autre, qui provoque un changement de bas en haut grâce à un changement d’attitude et de valeurs des gens. Si nous voulons éloigner le monde de la voie égocentrique, consumériste et autodestructrice dans laquelle il se trouve actuellement, nous devrons favoriser une vague de changement bien plus grande.

Pour des dirigeants qui vont au-delà de la politique et qui apportent une dimension spirituelle, et qui sont capables d’avoir une vision à long terme parce qu’ils ont leur rôle à jouer, c’est une offre très différente à la société. Il est très intéressant que le pape Léon et le roi Charles voient des relations très fortes entre ces questions de justice sociale et les thèmes environnementaux.

L’encyclique publiée par le pape François avant les négociations de l’accord de Paris en 2015 a vraiment rapproché ces questions de justice et d’écologie, et le pape Léon a renforcé ce message depuis qu’il est devenu pape. Je sais que le roi Charles pense beaucoup en termes de liens entre le bien-être humain et les défis écologiques, et j’espère que les messages de ces deux dirigeants… pourront commencer à filtrer pour informer et inspirer la base.

À bien des égards, ils ont ouvert la porte à ce que j’espère être un réveil de certaines des valeurs implicites du christianisme. L’aspect écologique commencera peut-être à avoir plus de poids à la suite de cette réunion et à être lié à certaines de ces luttes plus familières pour l’équité et la justice qui se déroulent dans l’Église de différentes manières depuis très longtemps.

CURWOOD : Quel genre d’impact pensez-vous que cette démonstration d’unité aura sur les négociations de la COP30 au Brésil ?

JUNIPER : Cela ne peut être que positif à une époque où le monde est divisé et où il y a des conflits très visibles et de nombreux débats sur la nécessité de l’unité.

Si l’on considère l’impact de Laudato Si’ et de l’encyclique du pape François publiée quelques mois avant les négociations de Paris qui ont conduit à l’Accord de Paris, on ne peut qu’espérer que ces chefs religieux signaleront la nécessité de travailler ensemble de manière à avoir un impact visible sur les négociations.

Mais bien sûr, le monde se trouve actuellement dans une situation très difficile, avec toutes sortes de discontinuités en matière de consensus par rapport à ce que nous étions il y a dix ans. J’espère sincèrement que ce que nous voyons au Brésil est une réaffirmation de ce consensus et que les dirigeants du monde repartent là-bas avec la ferme intention de redoubler d’efforts dans leur pays. Mais l’élan donné par la rencontre entre le pape et le roi Charles, porté jusqu’à la COP30, nous amènera, espérons-le, à un moment où l’ambition politique et l’action pratique s’intensifieront réellement.

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