Serait-il plus pertinent de mesurer l’empreinte carbone de chaque pays ?

Depuis la signature de la Convention, chaque pays doit tenir à jour un « inventaire » de ses émissions de gaz à effet de serre, CO2, méthane et oxydes d’azote principalement, mais aussi de ses « puits de carbone », comme la croissance de ses forêts. Il existe donc de nombreux chiffres, plus ou moins précis, des émissions par pays. Ainsi la France a-t-elle déclaré une émission nette (puits de carbone déduits) de 445 millions de tonnes équivalent CO2 pour 2018. En parallèle, des équipes scientifiques mesurent les quantités de carbone ou de méthane dans l’atmosphère à l’aide de nombreux capteurs puis analysent ces informations afin de séparer les flux naturels des flux anthropiques, les comparent aux émissions déclarées officiellement par les gouvernements, et publient leurs propres résultats. L’étude de référence est celle du Global Carbon Project dont les résultats permettent de corriger les déclarations officielles.

Ces inventaires et déclarations recèlent des enjeux politiques et géopolitiques majeurs relatifs à la justice climatique. Pour obtenir une justice climatique, il faut mesurer et comparer les émissions de chaque pays en les comptabilisant par habitant. L’écart de cette présentation avec le chiffre brut est considérable, car un État très peuplé mais pauvre et avec de faibles émissions par habitant peut néanmoins émettre beaucoup plus qu’un petit pays très riche.

Exemples d’émissions de CO2 par habitant en 2017

Émissions par habitant

Tonnes de CO2 par an

Monde

4,8

Qatar

49

États-Unis

16

Allemagne

9,7

Chine

7

France

5,5

Inde

1,8

Niger

0,1

République centrafricaine

0,1

République démocratique du Congo

0,1

Éthiopie

0,1

Une deuxième correction reste à opérer sur les émissions par pays afin d’estimer leurs responsabilités. Elle consiste à enlever des émissions d’un État celles qui correspondent à la fabrication d’objets qu’il ne consomme pas afin de les exporter et à y ajouter celles provoquées par la fabrication de marchandises qu’il importe. La mesure obtenue est baptisée « empreinte carbone », un concept majeur de toute politique contre le réchauffement climatique juste. Cette approche par la consommation réelle des populations permet de mesurer l’impact des délocalisations d’industries entraînées par l’explosion du commerce mondial. Et d’aboutir à une estimation plus juste des responsabilités. Cette mesure (chiffres 2016 du Global Carbon Project), diminue ainsi les émissions des Chinois à 6,3 tonnes de CO2, mais augmente celle des Allemands (11 tonnes), des Français (6,9 tonnes) ou des habitants des États-Unis d’Amérique (18 tonnes).

Si gouvernements et diplomates connaissent ces chiffres, les populations et les citoyens sont souvent moins bien informés. Notamment parce que les enjeux de négociations internationales mais aussi les débats politiques intérieurs aboutissent souvent à des discours politiques et à des pratiques médiatiques qui délaissent les présentations justes, par habitant et en tenant compte des exports-imports, pour soutenir des vues injustes. Ainsi, lorsque les pays de l’Union européenne affirment avoir tenu leurs engagements du Protocole de Kyoto, et avoir diminué leurs émissions depuis 1990, ils se gardent bien de mesurer celles-ci en tenant compte des imports-exports, car cette correction aboutit à un résultat inverse. L’empreinte carbone de la France a augmenté de 20 % entre 1995 et 2015, les importations équivalant désormais à 60 % des émissions territoriales.

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