Qu’appelle-t-on la justice climatique ?

Depuis le début des débats sur le changement climatique, la notion de « justice » est au cœur des controverses et des difficultés dans la mise en œuvre des mesures visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Cette notion prend sa source dans les inégalités sociales entre habitants d’un même pays et l’inégalité entre nations face aux causes et aux conséquences du réchauffement climatique.

Du côté des causes, il s’agit des inégalités des émissions de gaz à effet de serre par chaque être humain. Elles vont de 0,1 tonne de CO2 par habitant et par an dans plusieurs pays africains à au moins 150 fois plus, 15 tonnes, aux États-Unis d’Amérique. Les 10 % de la population les plus riches sont responsables à eux seuls de 50 % des émissions mondiales. À l’inverse, les 50 % les moins riches ne sont en cause que pour 10 %. Or, cette différence est tout à la fois une cause et une conséquence de l’écart de niveau de vie entre ces populations. Si être juste, c’est affirmer le droit de chaque être humain à accéder à des conditions de vie décentes et égales, alors la justice climatique requiert pour chaque être humain le « droit » d’émettre une quantité plus ou moins égale de gaz à effet de serre en vue de satisfaire ses besoins. En outre, les responsabilités historiques des pays anciennement industrialisés sont d’autant plus dénoncées par les pays pauvres que ces émissions sont liées aux activités économiques et militaires de la colonisation, aux XIXe et XXe siècles, de vastes espaces comme l’Inde, l’Afrique, la Chine et l’Asie du Sud-Est par les puissances européennes, la Grande-Bretagne et la France en particulier.

Du côté des conséquences, il s’agit des vulnérabilités différentes des sociétés vis-à-vis des impacts du changement climatique. Ces impacts seront bien sûr variables en fonction des régions, mais l’inégalité majeure relève de la capacité d’adaptation des sociétés. Or, celle-ci est très dépendante du degré de richesse et donc des émissions de gaz à effet de serre. Plus une nation est riche, dotée de technologies puissantes, avec une population éduquée, un système politique et un État efficaces, et mieux elle saura se préparer aux impacts et s’y adapter. À l’inverse, la pauvreté – d’une population comme d’un État – rend les pays très vulnérables aux impacts d’un changement rapide et important. Nul ne doute que les Pays-Bas sont capables de relever le défi de leur protection contre la hausse du niveau marin ; à l’inverse, la capacité du Bangladesh à se défendre contre le même phénomène n’est pas acquise.

Les populations les moins responsables du changement climatique en sont donc de surcroît les premières victimes. Une politique climatique juste est donc aussi celle qui, par des transferts de technologies, une aide face aux impacts, diminuerait la vulnérabilité des sociétés les plus pauvres.

Ces deux idées au cœur de la justice climatique sont présentes dans la Convention Climat de l’ONU. Mais elles ne sont pour l’instant pas vraiment mises en œuvre à grande échelle. Les transferts financiers et technologiques des pays riches vers les plus pauvres font l’objet de négociations. L’Accord de Paris indique l’objectif de 100 milliards par an d’ici 2020 du « fonds vert » décidé à la COP de Copenhague en 2009, mais il ne sera pas atteint et une bonne part consiste en un « habillage » de crédits déjà prévus au titre de l’aide au développement, ce qui ne représente donc pas un effort supplémentaire.

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