Aujourd’hui, la biodiversité s’effondre, le climat se dérègle et la fréquence des catastrophes naturelles ne cesse d’augmenter. En septembre 2017, la Cour des Comptes Européenne a publié un rapport qui estimait à 1115 milliards d’euros le montant nécessaire annuellement, entre 2021 et 2030, pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L’argent existe : il est détourné vers la spéculation financière

Hugo Viel : Coordinateur du Collectif Jeune du Pacte Finance Climat

 

Lors de la crise financière en 2008, la Banque Centrale Européenne a créé et injecté 1000 milliards d’euros dans l’économie d’un coup, et entre 2015 et 2018 elle a créé 2600 milliards d’euros pour « relancer la croissance » en Europe. 2600 milliards d’euros en deux ans et demi ça fait environ 1000 milliards par an. C’est ce dont nous avons besoin pour assurer la transition écologique en Europe.
En février 2019, la BCE a recommencé à créer de l’argent, ce qui montre que le mécanisme n’est pas impossible à mettre en œuvre. L’argent créé est transmis aux banques privées afin d’être investi, mais malheureusement, 89 % de cet argent va à la spéculation financière et seulement 11 % dans l’économie réelle.

Redirigeons-le vers la transition écologique pour faire face à l’effondrement

Mais là, on voit bien que l’argent existe ! Alors redirigeons le vers la transition écologique et utilisons le pour relever le plus grand défi que l’humanité n’ait jamais eu à relever.
Aujourd’hui, nous ne parlons pas de l’effondrement du système économique comme en 2008, nous parlons de l’effondrement des écosystèmes de la planète. Nous parlons de 140 millions de réfugiés climatiques en 2050, nous parlons de 400 millions de nouvelles personnes impactées par la rareté de l’eau potable et de bien d’autres catastrophes qui mettent notre société et notre civilisation en péril.
Se donner les moyens d’être à la hauteur du défi climatique, c’est le projet du Pacte Finance Climat. Financer la transition écologique en Europe à l’aide de la création monétaire et d’un vrai budget européen.

Utilisons tous les outils pour créer un monde écologiquement viable

 

La création d’une Banque du Climat, filiale de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), pourrait accorder chaque année des prêts à taux zéros aux pays signataires à hauteur de 2&nbsp;% de leur PIB, qui seraient entièrement consacrés à financer la transition écologique.<br>Aujourd’hui j’ai 20 ans, et si tous les moyens ne sont pas mis en œuvre pour résoudre la crise climatique, alors le monde dans lequel je passerai le reste de ma vie sera bien pire que celui dans lequel je suis né.

C’est pour cette raison que j’appelle chacun.e à utiliser tous les outils à notre disposition pour créer un monde écologiquement viable et socialement juste car c’est tous ensemble que nous réussirons à bâtir cette société&nbsp;!<br>Soyons ambitieux, soyons réalistes et soyons courageux, car il en va de l’avenir de la planète, et des gens qui sont dessus.

Vincent Liegey : Essayiste et co-auteur d’Un Projet de Décroissance

Le double diagnostic porté par le pacte finance-climat est juste. Je ne pense qu’il soit nécessaire de revenir sur les enjeux environnementaux, tant les alertes sont claires. Le slogan « si le climat avait été une banque, on l’aurait déjà sauvé » est séduisant et rappelle de manière salvatrice l’imposture indécente de la gestion de la « crise » de 2008 qui n’a fait que repousser le problème ou plutôt l’aggraver.

Un risque de récupération par le système qui ferait du profit sur le climat

En effet, la situation n’a fait que s’empirer, les inégalités exploser, et nous sommes à l’aube d’un nouveau krach économique. Par contre il porte en lui un risque de récupération par le système en laissant croire qu’un simple réajustement est suffisant : au lieu de financer les banques, faisons du profit sur le climat.

Il laisse aussi vivre le mythe de la croissance verte et donc du découplage or il est démontré qu’il n’y a pas de développement économique sans augmentation de l’impact environnemental.

Ainsi, au-delà des bonnes intentions, ce pacte représente une étape de plus dans la dynamique du développement durable au service du « green social washing » vendu depuis maintenant presque deux décennies !

De l’argent il y en a !

L’enjeu n’est pas de rajouter de l’argent là où il y en a déjà trop. « Un pognon de dingue », il y en a, de l’évasion et optimisation fiscales au remboursement de la dette, de la rémunération des actionnaires aux grands projets inutiles imposés, nous ne manquons aucunement de liquidités. Au contraire, nous souffrons d’une économie toujours plus déconnectées de la réalité au service d’une explosion des inégalités et de la spéculation.

Remettre l’économie à sa place est le contraire de plus d’économie. Faire tourner la planche à billet risque de renforcer et de justifier les dérives de la financiarisation de l’économie et ses méfaits sur nos démocraties.

…Et on en a pas si besoin que ça !

Ce dont nous avons besoin c’est de justice sociale et environnementale tout en sortant de la religion de l’économie. A travers un projet de décroissance nous proposons la mise en place d’une dotation inconditionnelle d’autonomie couplée à un revenu maximum acceptable. Cela consiste à relocaliser en toute solidarité nos économies afin de les ancrer dans le réel en posant la question de qu’est-ce qu’on produit ? Comment ? Pour quel usage ?

Les solutions sont là et ne coûtent pas grand-chose. Elles relocalisent en créant des solidarités et de la convivialité tout en sortant de la religion de l’économie… qui risque d’être renforcée par la création monétaire. L’argent ne se mange pas, elle ne chauffe pas notre appartement l’hiver, par contre elle pervertit nos démocraties.